Band 
X.
Seite
86
JPEG-Download
 

86

HISTOIRE DES PAPES.

[XVIII. S.]

l’envi les uns des autres à distraire sa majesté de sa grandedouleur. Les fêtes, les bals et les concerts se succédèrentsans interruption à Versailles ; et toutes les belles dames delàcour furent mises successivement sous les yeux de Louis XV .Madame de la Tournelle ne manqua pas de se trouver à cesréunions et de se faire présenter au roi ; celui-ci fut frappéde l’éclat de sa beauté, que faisaient mieux ressortir encoredes vêtements de deuil; il s’approcha d’elle et lui montra unrespect et un empressement qu’il n’avait jamais eus pour au-cune autre femme. L’habile comédienne dissimula la joieque lui faisait éprouver une semblable distinction, et pourmieux enflammer l’ardent monarque, elle affecta de recevoirses hommages avec une extrême indifférence.

Dès ce moment, Louis XV sembla avoir perdu tout sou-venir de la marquise de Vintimille , et n’avoir d’autre penséeque celle de vaincre la résistance de madame de la Tournelle.Enfin la belle capitula, mais à certaines conditions auxquellesle souverain dut souscrire : elle exigea qu’il renvoyât publi-quement de la cour ses trois sœurs, qu’il changeât son titrede marquise en celui de duchesse de Ghâteauroux, en luiaccordant les honneurs attachés à cette dignité, et qu’il luiétablît une fortune capable de la mettre à l’abri de toutes lesdisgrâces. Le roi accepta le marché, le fit ratifier par monsei-gneur de Fleury, et installa la nouvelle duchesse à Versailles .

La France vit alors s’ouvrir un nouveau règne, celui desfavorites; le crédit du cardinal diminua singulièrement, etles Parisiens ne désignèrent plus la duchesse de Châtqgiurouxque par le nom de Cotillon 1 er . Elle se mit à la tête de la fac-tion dirigée par Richelieu et par les deux Belle-Isle; elle