94
HISTOIRE DES PAPES.
[XVIII. S.]
Et les fleurs naissent sous ses pas.
Mais, hélas! ce sont des fleurs blanches.
il est vrai que l’épigramme était sanglante et qu’elle avaitfailli éloigner Louis XV de la favorite, en lui dévoilant un dé-faut secret dont il ne s’était pas encore aperçu. Elle sut écarterle danger et conserver tout son empire sur son royal amant,en le plongeant de plus en plus dans la débauche, en l’éner-vant dans de crapuleuses orgies, et en lui formant un séraildont elle se réserva la direction, pour en écarter les rivalesdangereuses. Avec l’or arraché à la sueur du pauvre, elle élevaprèsde Versailles , dansun enclos appelé le Parc-aux-Cerfs, unpalais mystérieux, destiné à servir de harem au moderne Sar-danapale, lieu infâme où la jeunesse, l’innocence et la vertu,devaient être sacrifiées aux honteuses passions d’un satyrecouronné. Le marquis de Marigny, le jeune frère de la Pom-padour, déjà investi des fonctions de directeur et ordonna-teur général des bâtiments, jardins, arts et manufacturesdu roi, fut chargé des embellissements de ce temple de la. volupté, et reçut carte blanche pour les dépenses. Qu’impor-tait au roi et à la favorite ! c’était le peuple qui payait. Lesarchitectes les plus célèbres présidèrent à la construction de ceharem ; les sculpteurs les plus habiles, les peintres les plusfameux y entassèrent merveilles sur merveilles, et épuisèrenttoutes les ressources de leur génie pour en augmenter lasomptuosité. Le marbre, l’argent, l’or, le damas, le velours,les glaces, les statues, les tableaux, furent prodigués danstoutes les galeries ; chaque colonne était un chef-d’œuvre desculpture ; les portes mêmes étaient travaillées en bas-relief.Les antichambres étaient pavées de mosaïques précieuses,