Band 
X.
Seite
102
JPEG-Download
 

102

HISTOIRE DES PAPES.

[XVIII. S.]

et les filles de confiance, dont les délations étaient richementpayées, ne se faisaient pas faute de révéler à Berryer les sa-turnales de leurs maîtres et de leurs maîtresses; les femmesqui tenaient des maisons de débauches ne manquaient paségalement de l’instruire, chaque matin, du nom des damesqui étaient venues chez elles, et de relater dans leurs rap-ports les goûts étranges ou les monstrueuses lubricités despersonnages de marque, des cardinaux, des évêques ou desprinces et des princesses qui hantaient leurs lupanars. Ce futpar ce canal que Louis XV apprit les détails des déportemenlsde madame Louise-Henriette de Bourbon-Conti , duchessed’Orléans, et sut que cette messaline, non contente de s’a-bandonner aux laquais de sa maison, aux palefreniers de sesécuries, allait dans les maisons de prostitution et se faisaitamener les porte-faix les plus vigoureux et des ouvriers duport pour éteindre ses fureurs utérines. Il connut de la mêmemanière les intrigues du duc d’Orléans avec la belle marquisede Montesson, et les mystères de la légitimité du duc deChartres, qui plus tard devait, sous le nom-de PhilippeÉgalité, dévoiler à la France entière le vice de sa naissanceet se glorifier d’être le bâtard d’un valet d’écurie.

Tous ces récits avaient un charme infini pour sa majestéet la prédisposaient admirablement pour les fêtes nocturnesqu’elle célébrait chaque soir, en l’honneur de Vénus, dansses petits appartements, en compagnie des filles de l’Opéraqu’on appelait les impures, des princesses, des duchesseset de quelques courtisans privilégiés. Dans ces fêtes, les va-lets étaient écartés; on procédait à des représentations my-thologiques, Louis XV jouait au naturelle personnage d’Apol-