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[XVIII.S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 103

Ion , et folâtrait dans des bassins de marbre avec les neufMuses figurées par les plus belles femmes de la troupe ; aprèsle dieu, les princesses avaient leur tour et défiaient souventtous les assistants. Ces saturnales se terminaient habituel-lement par un souper, où les convives se gorgeaient de vinset de liqueurs jusqu’à en perdre la raison, jusqu à roulerpêle-mêle sur les tapis. Alors les domestiques entraient dansle sanctuaire, enlevaient le roi, les nobles dames, les fillesd’Opéra, les grands seigneurs, et les portaient dans les ap-partements qui leur étaient réservés.

De semblables excès, renouvelés presque chaque soir, de-vaient nécessairement influer sur la constitution de Louis XV ;or, on remarqua avec étonnement que la santé de sa majestén’en recevait pas la plus légère atteinte; qu’au contraire,chaque nouvelle orgie retrouvait le roi plus ardent, plus vi-.goureux qu’auparavant. Le champ était large pour les sup-positions, et elles ne manquèrent pas.

Sur ces entrefaites, le lieutenant de police Berryer reçutl’ordre d’expulser les mendiants de la capitale. Ses agentsopérèrent immédiatement de nombreuses arrestations ; maissoit par suite d’erreur, soit avec intention, ils s’emparèrentde plusieurs enfants de bourgeois, qu’ils ne voulurent rendreque contre une rançon, et dont quelques-uns ne furentjamais retrouvés. Cette chasse excita un violent soulève-ment dans Paris ; les mères parcoururent les rues, faisantretentir les airs de leurs gémissements et de leurs impré-cations; quelques-unes, aveuglées sans doute par la dou-leur, osèrent accuser Louis XV de faire enlever leurs fillespour se baigner dans leur sang et pour réparer ses forces