[XVIll.S.] CRIMES DES ROIS, DES REINES et des EMPEREURS. 105
temps s’accordent à signaler le comte de Charolais commeune espèce de bête féroce, et l’accusent positivement d’a-voir tué bon nombre de ses vassaux pour s’exercer au tir ; ilsportent également contre la duchesse d’Orléans des accusa-tions d’une nature aussi odieuse. Il n’est donc pas étonnantque le peuple ait songé à attribuer au roi des crimes qu onreprochait ouvertement à quelques-uns des membres de safamille; d’autant plus que jamais les orgies du Parc-aux-Cerfs n’avaient été plus fréquentes, ni le nombre des vic-times destinées aux plaisirs du monarque plus considérable,ce qui contribuait à augmenter la haine que lui avait vouéela nation. Louis XV était parvenu à ce moment au dernierdegré de la dépravation; et pour couronner dignement lesmonstruosités de sa vie, il venait, à l’exemple du régent,d’initier ses propres filles à d’infàmes voluptés.
Un fanatique, nommé Damiens, parut alors sur la scène,et frappa le roi au côté droit avec un canif. Ce malheureuxavait voulu donner ainsi un avertissement à Louis XV , et lefaire revenir à de meilleurs sentiments que ceux qu’il mani-festait à l’égard des jésuites. L’assassin fut arrêté sur l’heureet conduit dans la salle des gardes du corps. Le roi fut trans-porté dans ses appartements; et telle était sa frayeur, queson âme pusillanime en avait perdu toute énergie et qu il,aissa chasser de Versailles la marquise de Pompadour. Im-médiatement le parlement reçut ordre d’instruire le procèsdu régicide et de nommer une commission d’enquêtes.
On fit arrêter la femme, la tille de Damiens, ainsi que soupère, son Irère et quelques-uns de ses parents, qui touslurent appliqués à la torture dans la ville d’Arras , où ils se