[XVIII. S.] GRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 113
Les vieilles traditions de respect pour la personne du roiétaient encore si profondément enracinées dans les esprits,que malgré les turpitudes de Louis XV le peuple ne se ré-voltait pas contre lui, et rejetait toutes les lautes de son gou-vernement sur la favorite. Cette animadversion généraledirigée contre la marquise de Pompadour sembla être leprésage de sa chute; le monarque, par sentiment de lâchetéautant que par fatigue, s’éloigna de jour en jour davantaged’une femme qui était devenue l’-ubjet de l’exécration géné-rale, et se rapprocha du duc de Choiseul, ambitieux hypo-crite qui s’avançait à pas comptés vers un but qui n’étaitrien moins que l’exercice de la puissance souveraine sous letitre de premier ministre. Ce seigneur avait débuté à l’arméesous le nom de comte de Stainville, et s’était élevé peu à peujusqu’au grade de lieutenant général; il avait ensuite épouséla sœur de la duchesse de Gontaut, l’une des plus riches hé-ritières du royaume ; puis il était devenu l’amant de la mar-quise de Pompadour, et avait obtenu par elle, successive-ment, plusieurs ambassades, le titre de duc et pair, le mi-nistère de la guerre, celui des affaires étrangères, de lamarine, et la haute main sur les finances. Son crédit n’étaitcependant justifié ni par des connaissances fort étendues nipar un esprit supérieur. Le duc de Choiseul avait seulementeu le bonheur d’être distingué parla fille du boucher Poisson,et de plaire à Louis XV en le récréant par le récit de chroni-ques scandaleuses sur les souverains étrangers, sur sa propresœur, la belle et incestueuse duchesse de Grammont, et sur-tout en se montrant, en toutes occasions, l’ennemi déclare demonseigneur le dauphin, contre lequel sa majesté conservait