[XVIII. S-l CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 115
Les bruits d’empoisonnement qui avaient circulé lors de latin prématurée de madame de Châteauroux se reprodui-sirent à la mort de madame de Pompadour ; les jésuites fu-rent accusés d’avoir sacrifié à leur vengeance cette courtisanedevenue leur ennemie ; mais ils s’en disculpèrent et rejetèrentle crime sur le duc de Choiseul.
Ces accusations n’eurent aucune influence sur 1 esprit duroi; sa majesté parut au contraire plus disposée que jamaisà abandonner les rênes de l’état au ministre favori. Rien nese üt plus dans le royaume que par les ordres du duc deChoiseul; le dauphin lui-même montra pour le duc une ex-trême déférence, et se condamna à une vie très-retirée pourconvaincre son père qu’il n’avait aucune des vues ambitieusesqu’on lui prêtait.
Louis XY, toujours en garde contre ce prince, vouluttenter une épreuve et s’assurer si les sentiments d’abnégationqu il affichait étaient réels; en conséquence il commanda auministre de former un camp à Compiègne , et invita toute lacopr à venir assister aux manoeuvres. Le dauphin, qui aimaitbeaucoup les exercices militaires, ne put résister à la ten-tation : il accourut à Fontainebleau , prit la direction destroupes, et se livra avec ardeur aux soins que nécessitait lecommandement de l’armée. Cette excessive activité lui de-vint fatale; à la suite des manœuvres il fut pris d’un malétrange, qui en peu de jours le conduisit aux portes du tom-beau. Quand il n’y eut plus d’espoir de le sauver, les méde-cins vinrent annoncer au roi que son fils n’avait pas deuxjours à vivre. Louis XV ne parut ni affligé ni surpris de cetteterrible déclaration; il ordonna froidement qu’on fit les pré-