[XV1II.S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 125
Louis-Philippe-Joseph de Chartres , le bâtard de cette du-chesse d’Orléans qui passait pour la plus effrénée messalinede l’époque, et qui faisait alors son apprentissage d’opposition,accourut auprès du ministre exilé, le tint longtemps em-brassé, et répéta, en versant des larmes hypocrites, que c’enétait fait de la monarchie. Beaucoup de seigneurs imitèrentcet exemple, et vinrent féliciter le duc de Choiseul sur sadisgrâce; mais ce fut tout. Le peuple ne parut même pass’inquiéter de cette révolution de palais; peu lui importait,en effet, la chute des courtisans qui le gouvernaient, puisquela* misère était au comble et qu’il n’avait aucun adoucisse-ment à attendre de leurs successeurs.
Louis XY, débarrassé de son ministre, procéda immédia-tement à l’exécution de son plan favori, l’abolition du par-lement. Dans la nuit du 19 au 20 janvier 1771, par ordre desa majesté, des mousquetaires envahirent les maisons desMagistrats, les arrachèrent à leur sommeil, et leur enjoi-gnirent d’avoir à répondre, par oui ou par non, s’ils consen-taient à reprendre leurs fonctions. Quarante d’entre eux,intimidés par la présence de soldats armés, signèrent qu’ilsse soumettaient aux ordres du roi ; mais au matin, en serendant au palais, ils s’empressèrent de se rétracter, et pro-testèrent contre la violence dont on avait usé envers eux.C’était ce que désirait le monarque ; il rendit aussitôt un ar-rêt qui déclarait le parlement aboli. La journée entière futemployée à signer des lettres de cachet ; le soir venu, deshuissiers suivis de gardes se présentèrent de nouveau chezles magistrats, s’emparèrent de leurs personnes et les emme-nèrent aux lieux qui avaient été désignés pour leur exil. Sax. 17