[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 129
» le gouverneur de la Bastille recevra le prisonnier, le gîu>
» dera huit jours et s’en défera! »
Ce fait, consigné dans les Archives de la police et dansl’Histoire de la Bastille, suffit pour démontrer que Louis XV ,surnommé par ses flatteurs le Bien-Aimé , le disputait pres-que en cruauté à l’infâme Louis XIV , son aïeul; la seule dif-férence qui existât entre eux, est que lun massacrait augrand jour, et le second dans l’ombre.
Indépendamment de ces barbares exécutions, il est prouvepar les témoignages les plus authentiques, et par les asser-tions de l’abbé Montgaillard, l’un des historiens les plusconsciencieux qui aient écrit sur l’époque de la révolution,que Louis XV , pendant le cours de son règne, lança plus decent cinquante mille lettres de cachet. Ce n’est pas tout en-core; le roi, non content d’avoir spolié ses sujets par lesdifférents moyens qui avaient été imaginés par ses prédéces-seurs, essaya, pour remplir ses trésors, d’une mesure atroceflui semblait lui avoir été soufflée par l’enfer : il se fit entre-preneur de calamités publiques , chef des monopoleurs desfarines; il spécula sur la misère, sur la faim, et devint 1 amede ce fameux pacte de famine qui devait couvrir le sol de laFrance de plus de cadavres que n’aurait pu faire une guerremeurtrière.
Depuis longtemps les finances étaient dans le plus granddésordre; les impôts, déjà si énormes vers la fin de la viede Louis XIV , avaient quadruplé depuis l’avénement deLouis XV au trône ; les intérêts de la dette, qui se trouvaientréduits à vingt-cinq millions à la majorité du roi, montaientau sextuple de cette somme, et représentaient un capital de