Band 
X.
Seite
131
JPEG-Download
 

[XVIII. S.] CRIMES des ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 131

vaud, afin que les cultivateurs connussent à qui ils devaients’adresser pour traiter de leurs récoltes.

Il résulta tout naturellement de cet accaparement une di-sette affreuse, quoique l’année eût été bonne et les récoltesabondantes. Les grains haussèrent, les monopoleurs de basétage vendirent leurs blés et réalisèrent d’importants béné-fices; le roi attendit encore. La famine s’accrut: partout onentendit parler d’infortunés qui expiraient d’inanition ; lèscampagnes se trouvèrent sillonnées, comme au temps d’Isa-beau de Bavière, par des bandes innombrables de vieillards,de femmes, d’enfants, hâves, exténués, couverts de haillons,qui se répandaient dans les bois pour dévorer les glands,ou qui paissaient dans les champs comme des troupeauxde bétail. Alors sa majesté ouvrit ses greniers et vendit sonblé au poids de l’or. L’opération avait merveilleusementréussi. Les richesses que LouisXV extorqua decette manièreservirent à payer les dépenses toujours croissantes du Parc-aux-Cerfs et à satisfaire les goûts ruineux de la du Barry.Cette favorite avait sa cour, et recevait à sa table les princes,les ducs et pairs, les ministres ; elle donnait des fêtes à lanoblesse, à la robe, à la finance et même au clergé. Lesplus grands seigneurs étaient à ses pieds ; monseigneur leduc d’Orléans lui demandait lâchement sa protection, afind obtenir du roi la reconnaissance de son mariage avec ma-dame de Montesson, et elle répondait en lui frappant sur leventre : « Épousez-la toujours, gros père; tâchez seulement» que vos enfants ne soient pas tous bâtards, et je me charge» du reste. »

Lorsqu’elle sortait de son lit, le nonce du pape et le grand