136
HISTOIRE DES PAPES.
[XVIII. S.]
le plus exercé; la Bouvier, surnommée la comtesse de Palun,connue pour ses goûts monstrueux. Toutes ces femmes, pouravoir reçu quelques instants dans leurs bras le crapuleuxLouis XV , se trouvaient comblées de présents; plusieursétaient rentées à millions; d’autres recevaient des terres, deschâteaux, de l’or, des diamants, et toujours aux dépens dupauvre peuple.
Terray, l’intendant général des finances, fidèle à son sys-tème, déclarait une banqueroute chaque trimestre pour éga-ler Içs recettes aux dépenses, doublait les impôts, en créaitde nouveaux, forçait les tailles dans toutes les provinces,mettait un dixième sur les rentes perpétuelles, un quinzièmesur les viagères ; doublait, triplait, quadruplait le marc d’or;créait un centième denier sur les offres; faisait acheter uneseconde fois la noblesse à ceux qui l’avaient acquise; décla-rait perpétuel l’impôt du sou pour livre qui avait été établipendant les guerres ; prorogeait indéfiniment les charges dupremier vingtième et du second vingtième. Jamais peut-être,en aucun temps, on n’avait enregistré autant d’édits bursaux ;tous les jours on en portait de nouveaux au palais, et souventplusieurs dans la même journée.
Cependant ils ne suffisaient pas à combler les abîmes creu-sés parles prodigalités du monarque; et rien ne pouvait ar-rêter Louis XV dans ses désordres, ni la misère du peuple,qui est la dernière chose dont les princes prennent souci, nila pénurie du trésor, ni les infirmités de la vieillesse qui com-mençaient à se faire sentir, ni même les avertissements quelui donnait la mort en frappant ses compagnons de débauchejusque sous ses yeux ; rien ne pouvait émouvoir le vieux sar-