140
HISTOIRE DES PAPES.
[XVIII. S.]
un instant rapprochées aux petits soupers du vieux roi ; maisqu’ensuite la jalousie, l’ambition, la vanité, les avaient divi-sées , et qu a la mort de Louis XV elles étaient devenuescomplètement ennemies.
Un des premiers actes d’autorité de Marie-Antoinette futde reléguer madame du Barry , par une lettre de cachet, dansl’abbaye de Pont-aux-Dames, près la ville de Meaux ; maistout en disgraciant la favorite, elle conserva au pouvoir sescréatures, tous gens tarés et corrompus qui jouissaient d’undiscrédit général ; c’étaient le chancelier Maupeou , le ducde la Vrillièfe, qui avait le gouvernement de la maison duroi; le duc d’Aiguillon, qui était à la tête des départementsde la guerre et des affaires extérieures; de Boynes, ministrede la marine, et l’abbé Terray, qui était toujours contrôleurgénéral des finances.
La cause du maintien de ces misérables à la tête des af-faires était que la reine, avant de les changer, désirait prendrele temps de trouver d’autres ministres-plus corrompus s’ilétait possible, et qui fussent entièrement à sa dévotion. Ellene voulait pas, cependant, les choisir parmi les princes dusang, parce qu’elle redoutait leur ambition et qu’elle avaitreconnu leur incapacité notoire. Du reste, son opinion surles parents du roi était celle de tous les hommes sensés.Le comte'de Provence, qui venait de prendre le titré deMonsieur, annonçait un caractère vain, dur, égoïste, per-fide, grossier; et quoiqu’il n’eût que dix-neuf ans, il affec-tait les airs d’un pédant, et se renfermait dans son cabinetdes heures entières pour faire de méchants vers latins. Deplus, il était dépourvu même de courage et ne convenait