[XVlli. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 143
l’opinion favorable, il lit faire remise au jeune monarque dudroit de joyeux avènement, et lui fit prendre l’engagementde payer les dettes de son prédécesseur. Un peu plus tard,il le détermina à prononcer l’alfranchissement des serls desterres domaniales, à réformer la loi qui rendait les taillablessolidaires du payement de l’impôt, et à abolir la questionpréparatoire dans les jugements ; ensuite il fit publier quePour donner une entière satislaction au peuple des iniquitéset des dilapidations du dernier règne , les anciens ministresliaient être disgraciés. Cette dernière déclaration excitade s démonstrations d’une joie générale ; et comme le bruit s’é-tait répandu que Maupeou , en remettant les sceaux de l’état,re fosait de donner sa démission du titre de chancelier, desattroupements se formèrent et vinrent jusque sous ses fe-nêtres pour le contraindre à résigner ses fonctions.
L’abbé Terray eut également les honneurs d’un charivari,et lut, comme son collègue, brûlé en effigie sur la place pu-blique. Les sceaux furent donnés au président Hue de Miro-ménil, qui avait gagné les bonnes grâces de Maurepas enjouant très-plaisamment les rôles de Crispin dans un théâtrede société; le duc de la Yrillière, parent du principal mi-nistre , lut maintenu à son département, ainsi que le secré-taire d’état Berlin ; mais comme les finances étaient dans unétat déplorable, Mârie-Antoinette fit violence à ses propressentiments, comprit la nécessité où elle se trouvait de lesconfier à un homme capable d’en réparer le désastre, et in-vestit le célèbre économiste Turgot de la charge de contrô-leur général des finances. C’était en effet le seul homme quipût aider la monarchie à sortir de la position désespérée où