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HISTOIRE DES PAPES.
[XVIII. S.J
La duchesse de Polignac régna despotiquement à Versailles et dirigea à son gré les divertissements de la cour. Jusqu’àcette époque les jardins avaient été ouverts au- public; lagouvernante voulut qu’on renvoyât les promeneurs aussitôtaprès le souper, afin de pouvoir sans contrainte se livrerà des jeux qu’elle avait imaginés pour amuser la reine.Voici en quoi ils consistaient. Le soir, la favorite, qui avaitdans ses attributions le département des colifichets, c’est-à-dire l’administration des menus plaisirs, faisait illuminerun des bosquets, où se trouvait un trône de fougère, aupied duquel se rangeaient tous les courtisans. Un souverainétait proclamé par la majorité ou désigné arbitrairementpar la duchesse. Toute autorité était dévolue au roi des fou-gères; il jugeait ses sujets sur les plaintes burlesques qui luiétaient faites, et imposait des punitions originales, sans avoirégard au rang des personnages. Vaudreuil, qui était souventde la partie et très-souvent désigné pour occuper le trône, àcause de sa verve satirique, avait la singulière manie defaire des mariages; il unissait de simples gentilshommes àdes princesses du sang, des vicomtes à des duchesses; ildonnait au roi une nouvelle épouse, qui était chargée de lesurveiller, et s’appropriait presque toujours la reine. Lors-que les conjoints étaient désignés, le monarque faisait ap-procher les couples et prononçait le mot sacramentel quidevait les enchaîner les uns aux autres pour la soirée; ce motétait « Décampativos. »
A peine la formule était-elle prononcée, que tous s’en-fuyaient vers les bosquets mystérieux qui leur avaient été in-diqués pour leurs domaines. 11 était défendu, de par le roi des