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[XVI1I.S.] CRIMES des ROIS , DES REINES et des EMPEREURS. 157

fougères, de rentrer avant deux heures dans la salle du trône,et d’aller plus d’un couple ensemble; il était également dé-fendu de s’observer, de se rencontrer, de se nuire, de sechercher, de se parler. L’auteur des Essais historiques sur lavie de Marie-Antoinette affirme que Louis XVI trouvait fortplaisant de se voir ainsi détrôné sur l’herbe par son bonami Vaudreuil.

Madame de Polignac ne se contentait pas de dominer dansl’intérieur du palais, elle voulait gouverner la France entièreet prenait les allures d’une reine : c’était chez elle que lesministres se réunissaient pour délibérer sur la paix, sur laguerre, sur les finances ou sur la législation. Ce fut elle quisongea, pour subvenir au vide du trésor royal, à appeler audépartement des finances un banquier nommé Necker, citoyende Genève , qui professait comme Law la religion réformée.L’habitude des affaires et des calculs exacts avait conduitl’habile Genevois à un dédain prononcé pour les théories d’é-conomie politique, et l’avait entraîné dans le parti des adver-saires des doctrines de Turgot sur la liberté illimitée ducommerce des grains, ce qui lui avait valu l’amitié des princeset des grands monopoleurs.

Gomme on avait besoin d’un homme capable afin de trou-ver des ressources contre l’insuffisance des revenus, le co-mité Polignac pensa avoir fait preuve de haute politique enle choisissant comme ministre. Mais il arriva que Neckertrompa bien des espérances : au lieu de donner en curée lesfinances de l’état aux courtisans qui l’avaient élevé au minis-tère, il se prit à suivre la marche de Turgot , qu’il avaitblâmée précédemment, et déclara la guerre aux privilégiés;x. 21