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[XVIII.S.] GRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 169

présenta la lettre de la reine. Ceux-ci prirent connaissancedu contenu, examinèrent l’écriture, la confrontèrent avecd’autres lettres de sa majesté, et quand ils se furent bienassurés que le billet était de sa main, ils ne firent plus diffi-culté de traiter avec le prince. Monseigneur de Rohan con-vint d’un prix d’achat de seize cent mille livres, souscrivitdes effets pour semblable somme à des échéances succes-sives, et reçut en échange le précieux écrin, qu’il envoyasur-le-champ à Versailles , par l’Esclaux, le messager secretde Marie-Antoinette .

Au lieu de reconnaître cette preuve de dévouement,comme elle l’avait fait espérer à l’imbécile cardinal, la reineaffecta plus que jamais de prendre des airs de hauteur etde mépris ; monseigneur de Rohan s’en offensa et parla despromesses qu’elle avait faites; sa majesté feignit de ne pointcomprendre les allusions du prince, et eut soin d’éviter touteexplication. Enfin le terme des premiers payements arriva;on se présenta chez le grand aumônier pour toucher les effetséchus; son éminence refusa de payer, sous prétexte que lareine ne lui avait fait tenir aucuns fonds ; Rœhmer et Ros-sange se rendirent aussitôt à Versailles et demandèrent uneaudience à Marie-Antoinette . Celle-ci admit les deux mar-chands en sa présence, écouta leur réclamation, parut fortétonnée de tout ce qu’ils lui disaient, et finit par leur déclarerqu’elle était absolument étrangère à toute cette affaire.

Les joailliers, se voyant victimes d’une infâme escroqueriede la part de sa majesté ou du cardinal , s’adressèrent àLouis XVI , lui exposèrent les faits qui étaient à leur con-naissance, et demandèrent justice des coupables. Le roi,