[XVIII. s.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 173
bares traitements qu’on avait infligés à sa femme, il fit insérerdans tous les journaux de Londres une lettre menaçante oùil déclarait qu’il allait publier un mémoire terrible avec lespreuves irrécusables de l’escroquerie exécutée par la reinede France , si sa femme n’était sur-le-champ remise enliberté. Sans doute la menace produisit son effet; car quel-que temps après on apprit que madame de la Mothe s’étaitéchappée de prison et s’était réfugiée en Angleterre auprèsde son mari condamné par contumace. Le bruit courutmême dans le public que la cour avait acheté leur silence etpayé à beaux deniers comptants la remise de toutes lespièces qui pouvaient compromettre une auguste personne.
On prit toutes les mesures pour assoupir cette affaire; lesregistres du parlement qui renfermaient les interrogatoiressubis par les prévenus à la Bastille, furent lacérés par ordresupérieur, et aujourd’hui on ne trouve dans les archives dela police de traces du procès du collier, qu’un simple ordredu roi, contresigné par le baron de Breteuil, daté de Saint-Cloud , du 5 septembre 1786, lequel indique que le ministreavait fait redemander au nom de sa majesté toutes les piècesconcernant cette procédure.
Il résulta de ce mémorable procès, que la reine, qui étaitdéjà l’objet de l’animadversion générale, devint plus quejamais en haine à la nation ; une foule de pamphlets furentécrits contre elle, et dans plusieurs on alla jusqu’à l’accuserde conserver dans son écrin deux cent six diamants du ma-gnifique collier des Bœhmer et Bossange. L’un des auteursde ces libelles anonymes formula même l’accusation de lacomplicité de Marie-Antoinette dans un crime atroce dontx. 23