[XVIII. S.l CRIMES des ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 187
Le lendemain, Sabatier fut envoyé au mont Saint-Michel ,Fréteau au château de Ham, et le duc d’Orléans fut exilé àsa résidence de Villers-Gotterets. Le jour suivant, Louis XVI manda à Versailles une députation du parlement, avec ordrede lui apporter la minute de la protestation. Il la déchirainsolemment en présence des conseillers, et leur défenditd’en faire une seconde, sous peine de bannissement.
Quoique absent de la capitale, Louis-Philippe-Josephd’Orléans n’en continuait pas moins ses menées par les nom-breux agents qu’il entretenait à Paris . Sa maison de plai-sance de Villers-Gotterets était devenue le rendez-vous deshommes les plus corrompus de l’époque et un foyer de ma-chinations infernales. On dit que souvent dans ses trans-ports de fureur, il s’oubliait jusqu’à prononcer devant sesdomestiques de terribles serments de vengeance contreLouis XVI et contre Marie-Antoinette ; et qu’une fois même,au milieu d’une orgie, il recouvrit un mannequin du man-teau royal, le perça de plusieurs coups de poignard, et s’é-cria : « Enfin, je suis roi! »
Les historiens expliquent cette haine implacable du ducd’Orléans pour Marie-Antoinette et son mari, les uns en larejetant sur son ambition, les autres sur un dépit amoureux,et sur ce que la reine avait constamment refusé de répondreà sa passion; quelques autres encore l’attribuent aux mau-vais procédés de la famille royale à son égard, et à la rupturedu mariage qui avait été projeté entre sa fille aînée, made-moiselle Adélaïde, et le duc d’Angoulême , fils aîné du comted’Artois.
Le prince finit cependant par s’apaiser, du moins en ap-