[XVIII. S.] GRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 199
Il était extrêmement facile à la cour d’exploiter ces élé-ments de troubles, elle n’y manqua pas. Dans le district dufaubourg Saint-Antoine, habité par un grand nombre depetits artisans, il s’était élevé des discussions pour la rédac-tion des cahiers, et il s’en était suivi une scission entre lespetits fabricants et les notables du quartier. Les agents del’autorité, profitant de ces dispositions, organisèrent des at-troupements, semèrent de l’argent, distribuèrent du vin, etquand les têtes furent suffisamment échauffées, ils pérorèrentcontre les bourgeois, et signalèrent entre autres un nomméRéveillon à la vindicte publique. Cette tactique réussit admi-rablement; la foule se porta sur la maison et sur la manufac-ture de papiers peints de Réveillon , en fit le pillage, les in-cendia ainsi que deux maisons voisines. Quand tout eut étéconsumé, on y envoya des troupes, qui mitraillèrent le peuple.
Une clameur universelle s’éleva dans toute la France pourflétrir le pouvoir ; on accusa la cour d’être de connivenceavec les fauteurs de troubles; on alla jusqu’à désigner lareine comme l’organisatrice des désordres. Les courtisansrejetèrent l’accusation sur le duc d’Orléans , mais sans pou-voir l’appuyer sur aucune preuve. Le prince avait pour 1ermoment autre chose à faire que d’exciter une émeute de car-refour; il avait à s’occuper des moyens de se former unparti parlementaire et de capter la faveur populaire dans unbut secret qu’il ne laissait point encore deviner. A cet effetil prodiguait ses trésors, contractait des dettes, engageaitses biens, et malgré son avarice sordide, qui est le vice hé-réditnire des d’Orléans , il répandait de tous côtés de fas-tueuses libéralités. Rien ne lui coûtait pour arriver à ses fins;