[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 201
la cause du peuple, et prononçait ces paroles mémorables:« Dans tous les pays, dans tous les âges, les aristocrates ont)) impitoyablement poursuivi les défenseurs de la liberté; et» si, par je ne sais quelle combinaison de la fortune, il s’en» est élevé quelqu’un dans leur sein, c’est celui-là surtout» qu’ils ont frappé, avides qu’ils étaient d’inspirer la terreur» parle choix des victimes. Ainsi périt le dernier des Grac-» ques par la main des patriciens; mais, atteint d’un coup» mortel, il lança la poussière vers le ciel, en attestant les» dieux vengeurs, et de cette poussière naquit Marius; Ma-» rius, moins grand pour avoir exterminé les Cimbres, que» pour avoir abattu dans Rome l’aristocratie de la noblesse. »
Tels étaient les sentiments qui animaient tous les cœurs,qui exaltaient tous les esprits à l’approche de l’ouverture desÉtats-Généraux. Enfin ce jour, si impatiemment attendu,arriva. Après différentes prorogations il avait été fixé pour le4 mai. Une procession des trois ordres eut lieu pour allerentendre la messe du Saint-Esprit, momerie religieuse quiouvrait alors toutes les grandes solennités. Le haut clergé etla noblesse se faisaient remarquer par la richesse de leurscostumes et le nombre de leurs décorations; les membresdu tiers-état, au contraire, étaient revêtus d’un simple cos-tume noir, qui contrastait avec la magnificence des manteauxde leurs superbes collègues.
La population de Paris , qui s’était transportée en masse àVersailles , encombrait les rues, garnissait les balcons, lesfenêtres, et avait envahi jusqu’aux toits pourvoir la céré-monie. Sur le passage des mandataires du peuple, toutesles bouches criaient: « Vive le tiers! o La noblesse fut,