[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREÜUS. 203
quatorze, que ses pouvoirs seraient vérifiés et légitimés dansson ordre; la noblesse, de son côté, adopta des conclusionsidentiques à la pluralité des suffrages. Ainsi, dès le secondjour, le comité de Marie-Antoinette réussissait à faire éclaterune scission sur le point le plus important, celui delà formationde l’assemblée. La cour ne s’en tint pas à ce premier acte demachiavélisme; elle prépara dans l’ombre certaines mesuresquelle regardai l comme décisives, et prit ses dispositions pourles appuyer au besoin par la force. Deux régiments nouveaux,celui deRoyal-Cravate, de Bourgogne-Cavalerie, etun batail-lon suisse, firent leur entrée à Paris ; plusieurs autres reçurentégalement l’ordre de se mettre en marche pour se trouver àjour fixe à Versailles , dans le cas où il deviendrait nécessaired’intimider les Etats-Généraux. On osa môme attaquer lapresse. Un arrêt émané du conseil royal ordonna la saisiedu premier numéro d’un journal rédigé par Mirabeau, et fitdéfense qu’aucun écrit périodique fût publié à l’avenir sansautorisation spéciale. Ce fut à l’occasion de cette mesure queJa Commune de Paris fit pour la première fois acte d’inter-vention dans les affaires générales de la nation. Les notablesde cette ville , qui s’occupaient encore des élections et de larédaction de leurs cahiers, interrompirent leurs travaux pourrendre un arrêt contradictoire à l’édit qui portait atteinte àla liberté publique, et pour réclamer contre l’acte arbitrairedu conseil. Cette démonstration énergique fit comprendre àla cour qu’il pouvait devenir dangereux de se mettre en luttetrop ouverte avec les députés du tiers, et la détermina àsuivre la tactique ténébreuse qu’elle avait adoptée dans leprincipe, à fomenter des dissensions entre les trois ordres.