[X VIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 205
comble l’exaspération contre la cour, et fit sentir aux députésdu tiers la nécessité de mettre un terme à leurs discussionsintérieures pour résister à l’ennemi commun. Car, il faut ledire, des dissidences s’étaient déjà fait remarquer parmi lesreprésentants du peuple; quelques-uns, comme Mirabeau et Sieyès, intriguaient sourdement pour le duc d’Orléans ;quelques autres, et parmi eux on distinguait Robespierre ,Thouret, Barnave , Grégoire, séduits par des idées abstraitesde bien public, s’agitaient pour faire triompher leurs géné-reux systèmes politiques, sans s’inquiéter des difficultés quedevait offrir leur application immédiate.
Habile à exploiter les mauvaises passions comme les plusadmirables sentiments, le comité autrichien attisait le feude la discorde entre les deux factions, et prenait en secretses dispositions pour soutenir la lutte qui de jour en jour de-venait plus imminente ; il massait des forces autour de la ca-pitale et de Versailles , et mettait de nombreux bataillons enmouvement pour former une armée; il donnait en mêmetemps un nouveau degré d’activité aux accaparements de blé,pour affamer les populations ; il organisa même des bandesde pillards pour dévaster les villes et les villages. Sur tousles points du royaume, dans les environs de Paris , dans laBrie, dans la Lorraine, en Normandie, en Bretagne, en Lan-guedoc et en Provence , on fut infesté de ces brigands salariés.
Ce qu’il y avait de plus extraordinaire dans ces apparitionsde bandes, c’est qu’on ne pouvait jamais les joindre; dès queles habitants d’une ville s’armaient pour les chasser, ils s’é-vanouissaient comme par enchantement et reparaissaient surd’autres territoires. A Marseille seulement le peuple put