[XVIIl.S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 209
cesser toute résistance aux vœux d’une nation entière, quiétait fatiguée des abus de l’ancien régime. Mais où a-t-on vuque les grands aient jamais cédé de leur plein gré la plus lé-gère parcelle de leurs prétendus droits? La cour persistadans son projet de séance royale.
Au jour fixé pour la réunion des trois ordres par la pro-clamation du roi, toutes les rues se remplirent de la foule quiaccourait de Versailles et de Paris . Dès le matin, de nom-breuses patrouilles parcoururent les avenues et dispersèrentles groupes qui voulaient se former ; de gros détachementsde gardes françaises, de Suisses et de gardes de la prévôtéentourèrent la salle; et indépendamment de ces troupes, quiformaient une masse de plus de cinq mille hommes, six ré-giments d’infanterie se tinrent dans les environs de la ville,prêts à marcher.
Ce sévère appareil remplissait les esprits d’épouvante; tousles visages étaient mornes. Une avanie d’étiquette attendaitencore les députés des communes à la porte même de la salle.Le marquis de Brézé, grand maître des cérémonies, refusa deles introduire avant que la noblesse et le clergé eussent étéplacés; et pour se mettre à l’abri d’une pluie battante, ilsfurent obligés de se réfugier sous un hangar qu’on appelaitla Maison de bois; enfin, Bailly obtint que les portes fussentouvertes en menaçant de se retirer avec tous les membresdu tiers.
Quelques instants après, Louis XVI entra dans la salle,environné des princes du sang, des ducs et pairs, des capi-taines de ses gardes, et suivi d’une compagnie de gardes ducorps. Il cassa comme inconstitutionnels et illégaux tous les