[XV11I. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 215
aucun des ordres qui leur seraient donnés s’ils étaient con-traires aux intérêts de l’Assemblée nationale. Des arrestationsavaient été opérées aussitôt dans ce régiment pour intimiderles militaires, et onze jeunes soldats avaient été envoyés àl’Abbaye pour de là être transférés à Bicêtre. Mais la veille dujour fixé pour leur départ, ils trouvèrent le moyen de fairetenir une lettre aux jeunes gens qui se rassemblaient auPalais-Royal. Un d’eux ayant lu le message, monta sur unechaise, et s’adressant aux assistants :
« Messieurs, s’écria-t-il, les braves soldats qui ont épar-« gné à Versailles le sang de nos concitoyens sont détenus àD l’Abbaye; allons les délivrer! » Les cris « à l’Abbaye! à» l’Abbaye! » retentirent de toutes parts, et aussitôt deuxcents jeunes gens, tous de la classe de la bourgeoisie et pleinsd’ardeur, se dirigèrent du côté du faubourg Saint-Germain.
Cette petite troupe se grossit en route, d’abord de quel-ques ouvriers qui se munirent de barres de fer, ensuite d’unemultitude de curieux; elle était de plus de quatre millehommes en arrivant à la prison. Le premier guichet futbientôt enfoncé ; puis avec le jeu des maillets, des pinces etdes haches, on brisa les portes intérieures : à huit heures lesprisonniers étaient libres. Comme ils sortaient, des com-pagnies de dragons et hussards arrivèrent à bride abattueet le sabre à la main. Les citoyens se jetèrent au devant deschevaux, saisirent les rênes et forcèrent les cavaliers à re-mettre leurs armes dans les fourreaux. Cette expédition necoûta pas une goutte de sang.
Les gardes-françaises n’étaient pas seuls à donner desexemples d’insubordination ; une compagnie des gardes du