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[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS.225

Dans le moment même où ces militaires traversaientles boulevards, un corps de la milice nationale découvrait,au port Saint-Nicolas, un bateau chargé de cinq milliers depoudre. Les munitions furent aussitôt transportées à l’hôtelde ville et déposées dans une salle basse, à la garde de l’abbéLefèvre, qui en fit la distribution. Cette affaire mit en évi-dence la trahison du prévôt Flesselles, qu’on soupçonnaitdéjà d’être de connivence avec la cour, et dont plus tard onacquit la preuve par la saisie de dépêches importantes.

On arrêta également un immense convoi de farines dirigévers le Champ-de-Mars, où se trouvaient campés plusieursrégiments. La destination de ces approvisionnements litsupposer que des armes se trouvaient à l’Hôtel des Invalides ,et l’on décida que l’on irait sommer le gouverneur de mettreses magasins à la disposition du peuple. Mais comme il sefaisait tard, on remit l’expédition au lendemain. La nuit sepassa sans événement extraordinaire; seulement les ruesétaient sillonnées comme la veille par des cohortes arméesqui se succédaient d’heure en heure.

A Versailles se passaient des scènes bien différentes. Dèsque les lâches conseillers de Louis XVI avaient eu connais-sance des mouvements des Parisiens , ils avaient fait garnirde troupes et de canons les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud ,et avaient fait fermer les barrières pour intercepter toutesles communications. A l’intérieur, dans le château même,s’ouvrait une fête brillante; les princes, les princesses, Marie-Antoinette et son cortège de mignonnes, les épaules et lagorge nues, parées de fleurs, se promenaient au milieu dessalles de banquet, distribuant l’or, les caresses et les exhor-