226
HISTOIRE DES PAPES
[XVIII. S.]
tâtions aux hordes de soldats qui se gorgeaient de viandes etde liqueurs , et qui dans leurs chants impies osaient procla-mer l’asservissement de la France .
C’était dans la nuit suivante que la cour avait résolu d’a-gir; le comité Polignac avait décidé qu’au moment de l’at-taque de Paris , les régiments de Royal-Allemand, Pioval-Étranger et les hussards environneraient la salle des États,enlèveraient les députés patriotes, et en cas de résistance leségorgeraient. Telle était l’immoralité des courtisans, qu’ilspréludaient par des chants brutaux et par des danses à cethorrible attentat. Ainsi le soleil du 14 juillet éclairait à lafois de ses premiers rayons les saturnales de Versailles et lesmassacres de Paris
Dès l’aube, un peuple immense couvrait les quais, lesboulevards, les rues, les places, attendant le signal pour re-commencer la lutte et exécuter le projet de la veille. Parmiles combattants, les uns portaient des costumes d’anciensguerriers, des casques, des rondaches; les autres brandissaient des armes de sauvages; un citadin agitait la lance deBoucicaut, un autre portait fièrement le sabre de duGuesclin;des ouvriers, des femmes, des enfants se trouvaient armésde fusils, de mousquets, de pistolets et de poignards dessiècles passés, qu’ils avaient trouvés dans le garde-meubles;ce qui présentait un spectacle bizarre et imposant. Tout àcoup le cri, «Aux Invalides! » sortit du Palais-Royal etalla retentir jusqu’à la place de l’Hôtel de ville. Alors toutecette masse se mit en mouvement. L’expédition ne laissaitpas que d'être très-périlleuse : on savait que trois régimentsétaient campés au Champ-de-Mars ; que le gouverneur de