[XVIU. 8.] CRIMES des ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 227
l’Hôtel avait des canons, des munitions, un fort détachementdu régiment d’artillerie de Foui à sa disposition avec sespièces, et que la veille même la troupe se tenait en armesderrière les fossés. Mais un peuple qui combat pour la libertémesure-t-il jamais le danger? La foule avançait toujours. Parun heureux hasard, il se trouva que la garnison, fatiguée detrois nuits de veille, s’était retirée dans ses quartiers; desorte que les citoyens purent arriver jusqu’à la grille sansavoir eu un seul coup de feu à tirer. Le chef du détachemententra en pourparlers avec les sentinelles, fit appeler le gou-verneur et le somma d’avoir à lui remettre son magasind’armes. Comme celui-ci hésitait à répondre, des enfantsescaladèrent les fossés, désarmèrent les sentinelles et ou-vrirent les grilles; le peuple se précipita dans l’hôtel et en-leva vingt-huit mille fusils et vingt pièces de canon.
Sur le côté opposé de Paris , une autre scène commençait;c’était l’attaque de la Bastille. Le marquis de Launay, com-mandant de cette forteresse, avait refusé brutalement à deuxdéputations de livrer des armes; plus tard,.une troisièmedéputation s’étant présentée, il avait fait tirer sur elle. Enfin,M. Thuriotdela Rosière, député du district, étant parvenuà se faire admettre en sa présence, il avait répondu par desinsolences aux sommations qui lui étaient faites de retirerle canon qui menaçait la vdle; ce misérable osa faire plusencore, et joignit l’atrocité à l’impertinence : pendant lespourparlers, une troupe de jeunes gens sans armes était en-trée dans la première cour, séparée de la forteresse par unfossé; lorsque Thuriot de la Rosière se présenta pour sortir,le pont-levis étant baissé, ces jeunes gens s’avancèrent, de-