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[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 239

le compte du prince; mais on manquait de preuves pour l’at-taquer juridiquement. Pendant deux années on tenta tous lesmoyens possibles de s’en procurer. Enfin l quelques-uns desprincipaux créanciers découvrirent un valet de chambrecongédié, qui était au service de d’Orléans à l’époque de lamort de Pinet. Ils s’adressèrent à cet homme, et lui offri-rent de grandes récompenses s’il voulait leur procurer lesrenseignements dont ils avaient besoin. Après bien des né-gociations, ils conclurent leur marché et en obtinrent desconfidences. Mais pour qu’elles pussent leur être utiles, ilfallait qu’il consentît à déposer en justice, et il y répugnaitinfiniment, certain, disait-il, que son ancien maître le feraitassassiner ou empoisonner. On espérait cependant l’y déter-miner à force d’argent, lorsque cet homme disparut tout àcoup, ne laissant aucune trace de sa fuite. Les créanciersprésumèrent qu’il avait vendu son silence au duc, et qu’ilétait sorti du royaume. Je fus instruit de ces détails dans lespremiers jours de mars 1792, par les créanciers eux-mêmes,qui me demandèrent si, en ma qualité de ministre, je nepourrais pas leur procurer les moyens de rechercher ce do-mestique en Angleterre et de l’y faire arrêter. Mais je quittaile ministère peu de jours après, ce qui m’empêcha de donnersuite à cette affaire. »

Pendant que la plupart des membres du comité autrichiendésertaient la France à la suite des princes, Necker faisaitson entrée dans la capitale au milieu d’une foule enthou-siaste, accourue sur son passage pour le proclamer le libé-rateur de la patrie. Il a écrit lui-même que ce jour avait étéle plus beau de sa vie. Hélas ! ce beau jour ne devait pas