Band 
X.
Seite
252
JPEG-Download
 

252

HISTOIRE DES PAPES.

[XVIII. S.]

midable. Or, elle eut lieu le jour suivant, et voici de quellemanière. Une jeune fille, partie des halles ou du quartierSaint-Eustache , pénétra dans un corps de garde, s’emparad'un tambour, et parcourut les rues en battant de la caisse,et en poussant les cris « Uu pain! du pain! » Plusieursfemmes s’attroupèrent autour d’elle et lui formèrent un cor-tège qui, grossissant à chaque pas, se répandit comme untorrent dans la ville et vint déboucher à la Grève.

Le major général Gouvion, qui avait sous ses ordres lamilice payée, voulut employer la force pour dissiper le ras-semblement, et fit avancer des troupes. Ces infortunées, exas-pérées par la brutalité des soldats, et réduites au désespoirpar l’excès du besoin, ne consultèrent que leur courage, seprécipitèrent sur la garde à cheval, la poussèrent jusqu’à larue du Mouton, et revinrent ensuite pour attaquer les portesde l’hôiel de ville; mais, dans l’intervalle, un bataillon d’in-fanterie avait pris position sur le perron pour leur en dispu-ter l’entrée. Elles s’arrêtèrent un instant devant cette haiede baïonnettes ; puis, s’animant les unes les autres, elles re-commencèrent la lutte, et firent pleuvoir une grêle de pierressur les militaires. Ceux-ci ne se sentant point assez fortspour résister à la multitude, se replièrent et leur ouvrirentle passage. Alors toutes les femmes se précipitèrent enfoule dans les salles, demandant avec des imprécations dupain et des armes, et s’écriant que si les hommes n’avaientpas assez de courage pour se venger des aristocrates, ellesallaient leur donner l’exemple, et se rendre à Versailles pourdemander du pain à l’Assemblée nationale, au roi, à sesministres; et joignant l’action à la menace, elles se mirent