[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS 253
immédiatement en devoir de forcer Je magasin d’armes.
Les hommes répondirent enfin à ce courageux appel, pé-nétrèrent dans l’hôtel de ville, armés de leviers, de haches,de piques et de marteaux, brisèrent les portes, s’emparèrentde sept à huit cents fusils, de plusieurs faisceaux d’armes etde deux pièces de canon.
Quelle digue opposer à des légions de femmes exaltées parle besoin, par la colère et par le désir de la vengeance'/Toutesvoulaient saccager l’hôtel de ville, et partir pour Versailles ,afin de se faire rendre compte de tout ce qui avait été dé-crété par les députés. Maillard, l’un des héros de la Bastille,résolut de se mettre à la tête du mouvement pour le dirigeret écarter les dangers qui menaçaient la tranquillité. Il ha-rangua les femmes et leur offrit de les conduire à Versailles .Elles applaudirent à son discours, l’acceptèrent pour leurcapitaine, et se mirent aussitôt en marche vers les Champs-Elysées , où elles se réunirent au nombre de sept à huit mille.La plupart étaient chargées de rubans de toutes couleurs, etarmées de bâtons, de fourches, de lances, de fusils, de pis-tolets; d’autres dirigeaient l’artillerie et suivaient le gros dela troupe, montées sur les canons ou sur les chevaux qu’ellesy avaient attelés. Elles s’ébranlèrent enfin, précédées dehuit ou dix tambours, accompagnées d’un détachementd’hommes armés, et suivies d’une compagnie de volontairesde la Bastille, qui formait l’arrière-garde.
Depuis plusieurs heures le tocsin et la générale avaient misla capitale en mouvement; les bourgeois se rendaient àleurs districts, les gardes nationales à leurs places d’armes;
les compagnies du centre marchaient en bataille à la placex. 33