[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 257
» tunées, qui pensaient qu’avec nous elles avaient le droit» d’être respectées. » Néanmoins elles se continrent, se re-formèrent autour de la députation, et l’accompagnèrent jus-qu’aux grilles du château.
Guignard de Saint-Priest, ministre de la maison du roi,s’avança au-devant des femmes qui allaient à l’Œil-de-bœuf,et leur demanda brutalement ce qu’elles voulaient. « Du» pain! du pain! » crièrent-elles avec énergie. « Quand vous» n’aviez qu’un maître, répliqua le misérable courtisan,'» vous n’en manquiez pas; à présent que vous en avez douze!» cents, voyez où vous en êtes! » Des cris d’indignation etdes menaces terribles accueillirent ces affreuses paroles etglacèrent le ministre d’épouvante. 11 n’osa pas refuser pluslongtemps l’entrée du château aux représentants du peuple,et donna l’ordre aux gardes d’ouvrir les grilles. Le présidentMounier fit entrer avec lui douze des femmes qui l’avaientsuivi, et en présenta cinq à Louis XVI pour qu’elles pussentfaire entendre elles-mêmes les doléances de leurs compa-gnes. Le roi feignit de les écouter avec attention, déplora lemalheur des circonstances, promit d’employer ses effortsà réparer les fautes de l'administration, et les congédiaavec des paroles mielleuses et hypocrites.
Elles sortirent immédiatement du château et vinrent rap-porter à la foule le résultat de leur conférence et l’invitationqu’elles avaient reçue de retourner dans la capitale, sous lapromesse formelle que des convois de blé leur seraient très-promptement expédiés. Ces assurances vagues et incertainesfurent loin de satisfaire de malheureuses femmes exténuéespar la faim et harassées de fatigue. Elles crièrent à la tra-