[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES Et des EMPEREURS. 259
de mousquet, qui tuèrent plusieurs femmes et en blessèrentd’autres mortellement. Le combat ne tarda pas à s’engager;on répondit au feu des gardes. Les volontaires de la Bastilleaccoururent avec trois canons, servis par des braves du fau-bourg Antoine, et les braquèrent sur les égorgeurs. Au mo-ment de mettre le feu aux pièces, mille voix crièrent « d’ar-rêter, qu’il n’était pas temps encore. » Ainsi la générositédu peuple sauva les satellites du roi d’un massacre général.Quelques minutes après on apprit que les dragons arri-vaient pour se mêler à la lutte. Les Parisiennes se détachè-rent aussitôt, pénétrèrent au milieu des rangs des soldats,les enlacèrent dans leurs embrassements, leur racontèrentles actes de lâche cruauté des gardes du corps, et tirenttomber les armes de leurs mains.
La cour, informée de ce qui se passait et désespérant defaire naître une collision générale entre le peuple et sestroupes, se résigna à faire replier les dragons eu dedans desgrilles; puis elle songea à s’assurer les moyens d’exécuterun projet de fuite, et envoya des voitures à la porte del’orangerie pour voir si le passage était libre. Mais le dé-tachement de la milice qui occupait ce poste refusa de leslaisser sortir. Les piqueurs insistèrent et firent mine devouloir forcer le passage. Alors le commandant Burup deBaleine envoya un renfort, lit refermer les portes, et con-traignit les domestiques du roi à rentrer les équipages dansles écuries.
La nuit arrivait et les appréhensions redoublaient, car,indépendamment des six à huit mille femmes qui sillonnaientles rues de Versailles en demandant du pain, une troupe