314
HISTOIRE DES PAPES.
[XVIII. S.]
rent au feu de leurs ennemis par une fusillade serrée et biennourrie; mais l’avantage resta aux Suisses , qui étaient à cou-vert. Le Carrousel fut déblayé ainsi que le jardin; cinq piècesde canon furent enlevées aux insurgés; et pendant quelquesminutes les royalistes se trouvèrent maîtres du champ de ba-taille. Ensuite la fortune tourna : les canonniers des faubourgsfirent des merveilles; ils placèrent des pièces en batterie auxangles de la rue de l’Échelle et de la porte des Orties, ti-rèrent à boulets sur les bâtiments qui fermaient les cours,sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la grande grille, etparvinrent à les incendier. Une colonne pénétra en mêmetemps dans le jardin par le pont Royal. Les Suisses , mena-cés de deux côtés à la fois, se replièrent alors sur le grandescalier et firent un feu terrible ; mais rien ne put arrêterles Parisiens; les satellites du roi furent débusqués de leurposition, poursuivis de chambre en chambre et exterminéspar leurs redoutables adversaires. Une centaine de Suisses parvinrent cependant à gagner l’Assemblée législative au mi-lieu d’une grêle de balles et échappèrent au massacre. Leschevaliers du poignard purent également se sauver par undéfilé qui conduisait à l’extrémité de la galerie du Louvre,dont on avait oublié de s’emparer. A une heure le peuple setrouva entièrement maître du champ de bataille ; mais, hélas!la victoire lui avait coûté cher; trois mille victimes avaientsuccombé! Ainsi, pour un roi, trois mille citoyens étaientmorts ; trois mille familles étaient plongées dans le deuil !!!...
Au milieu de ce grand orage, l’Assemblée législative avaitété sublime; dès le premier coup de canon, elle avait rendupar acclamations le décret de déchéance du monarque, en sa