[XVIII. S.]
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
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tants, on somma le président de la mettre aux voix. Lucienvoulut encore justifier la conduite de son frère; il fut inter-rompu dès les premières paroles par les cris redoublés :« Hors la loi ! » il crut la partie perdue, et tomba suffoqué parses larmes. Au même instant un peloton de grenadiers duCorps législatif entra l’arme au bras dans la salle, fendit lafoule, pénétra jusqu’à Lucien, l’enleva hors de l’assemblée,et le ramena auprès de Bonaparte .
Celui-ci était pâle, morne, et encore tout ému de la scèneoù il avait joué un si triste rôle : à la vue de son frère il repritcourage, réunit en conseil les principaux conjurés; et d’aprèsleur avis se détermina à emporter la journée par tous lesmoyens, par la ruse, par la violence, et même par d’atrocescalomnies, en trompant les soldats, en signalant les républi-cains comme des brigands et des assassins soldés par l’An-gleterre. Lucien, couvert de la toge et du manteau des man-dataires du peuple, s’élança à cheval au milieu des troupes,et leur adressa cette harangue, qui fut imprimée sur-le-champet répandue avec profusion :
« Citoyens soldats, moi, le président du Conseil des Cinq-Cents , je vous déclare que l’immense majorité des repré-sentants est dans ce moment sous la terreur de quelques ja-cobins à stylets, qui assiègent la tribune, présentent la mortà leurs collègues, et enlèvent par leurs menaces les délibé-rations les plus affreuses.
» Je vous déclare que ces audacieux brigands se sont misen révolte contre le Conseil des Anciens, et ont osé parler demettre hors la loi le général chargé d’assurer l’exécution desdécrets, comme si nous étions encore au temps de leur règne,