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HISTOIRE DES PAPES.

[XIX. S.]

nal fut pour beaucoup dans ce brusque revirement; si l’onsonge qu'en France , chaque citoyen est habitué-à tirer sagloire individuelle de la gloire de son nom national, s’identifieavec la patrie, au point que tout ce qui est propre à son payslui devient en quelque sorte personnel ; qu’enfin le sentimentnational est plus qu’une doctrine, qu’il s’est implanté jus-que dans les dernières couches du sol. Sans doute les Fran-çais aiment la liberté; mais, ayant tout, ils aiment celle dela patrie, celle qui résulte d’une supériorité nationale querien ne peut gêner dans son développement; ils veulent l’é-galité, mais c’est pour que tous aient droit aux mêmes de-voirs sociaux ; ils veulent la fraternité, c’est-à-dire le dé-vouement libre du fort au faible. On comprend alors quecelui qui se présentait comme la personnification de cettegrande unité, comme l’expression vivante du sentiment na-tional, devait être accepté. La France crut Bonaparte aussiloyal, aussi désintéressé qu’il aurait pu l’être; elle se donnatout entière à lui, elle se fia à son honneur, à son patrio-tisme, et se livra avec une abnégation sublime.

Qui ne sait, hélas ! que le pouvoir suprême corrompt lesplus nobles caractères ! Le héros du peuple devait en faire lafatale expérience. Cependant, au milieu de l’enivrement desgrandeurs, au milieu de toutes les pompes des cours, jamaisBonaparte n’oublia la France ; il la dota d’institutions et d’é-tablissements qui augmentèrent sa prospérité et la rendirentla reine des nations. 11 fonda l’institution de la légion d’hon-neur, publia le Code civil, qui est devenu le modèle descodes des autres peuples; il organisa l’institut national enquatre classes, celle des sciences, celle de la langue et la