134 LIVRE IV.
On croyait entendre gronder le canon.Nous écoutions en marchant, de quel côté lecombat s'engageait. Mais , à l’exception dequelques troupes de Cosaks, ce jour-là, commeles suivants , le ciel seul se montra notre en-nemi. En effet, à peine l’empereur avait-ilpassé le fleuve qu’un bruit sourd avait agitél’air. Bientôtle jour s’obscurcit, le vent s’élevaet nous apporta les sinistres roulements dutonnerre. Ce ciel menaçant, cette terre sansabri nous attrista. Quelques-uns même , na-guère enthousiastes, en furent effrayés commed’un funeste présage. Ils crurent que ces nuéesenflammées s’amoncelaient sur nos têtes, ets’abaissaient sur cette terre, pour nous en dé-fendre l’entrée.
Il est vrai que cet orage fut grand commel’entreprise. Pendant plusieurs heures, seslourds et noirs nuages s'épaissirent et pesè-rent sur toute l’armée; de la droite à la gauclie et sur cinquante lieues d’espace, elle futtoute entière menacée de ses feux et accabléede ses torrents ; les routes et les champs fu-rent inondés; la chaleur insupportable de l’at-mosphère fut changée subitement en un froiddésagréable. Dix mille chevaux périrent dansla marche, et surtout dans les bivouacs quisuivirent. Une grande quantité d’équipagesresta abandonnée dans les sables ; beaucoupd’hommes succombèrent ensuite.
Un couvent servit d’abri à l’empereur con-