Band 
Tome premier.
Seite
266
JPEG-Download
 

266 LIVRE VI.

avant dans de si vastes solitudes. De ces peinesphysiques et morales , de ces privations , deces hivouacs continuels, aussi dangereux prèsdu pôle que sous l'équateur, et de l’infec-tion de l'air par les corps putréfiés des hom-mes et des chevaux.qui jonchaient les routes ,étaient nées deux affreuses épidémies, la dys-senterie et le typhus. Les Allemands y suc-combèrent les premiers ; ils sont moins ner-veux que les Français , moins sobres ; ilsétaient me,ins intéressés dans une cause quileur paraissait étrangère. De vingt-deux milleBavarois, qui avaient passé l’Oder , onzemille seulement étaient arrivés sur la Diina,et cependant ils n’avaient pas encore com-battu. Cette marche militaire coûtait auxFrançais un quart, aux alliés la moitié de leurarmée.

Chaque matin, les régiments partaient enordre de leurs bivouacs; mais, dès les premierspas , leurs rangs desserrés s’alongeaient enfiles lâches et interrompues ; les plus faiblesne pouvant suivre, se laissaient dépasser ;ces malheureux voyaient leurs compagnonset. leurs aigles s'éloigner de plus en plus : ilss’efforcaient encore pour les rejoindre , maisenfin ils les perdaient de vue : alors ils tom-baient découragés. Les routes, les lisières desbois en étaient semées ; on en vit qui arra-chaient des épis de seigle pour en dévorer lesgrains ; puis ils tentaient, souvent bien en