2 ç)o LIVRE VI.
Ces offres furent repoussées. On aurait vu,chez un peuple barbare, une liberté barbare,une licence effrénée, effroyable ! quelques ré-voltes partielles en avaient jadis donné la me-sure. Les nobles russes, comme les colons deSaint-Domingue , eussent été perdus. Cettecrainte prévalut dans l’esprit de JNapoléon,ses paroles l’exprimèrent ; elle le détermina àne plus chercher à exciter un mouvement qu’iln’aurait pu régler.
Au reste, ces maîtres s’étaient défiés deleurs esclaves. Au milieu de tant de périls,ils distinguèrent celui-ci comme le plus pres-sant. Ils agirent d’abord sur l’esprit de leursmalheureux serfs , abrutis par tous les genresde servitude. Leurs prêtres, qu’ils sont accou-tumés à croire, les abusèrent par des discourstrompeurs ; on persuada à ces paysans quenous étions des légions de démons, comman-dés par l’antechrist, dés esprits infernauxdont la vue excitait l’horreur : notre attou-chement souillait. Ncs prisonniers s’aperçu-rent, que les ustensiles dont ils s’étaient servis,ces malheureux n’osaient plus s’en servir, et -qu’ils les réservaient pour les animaux les plusimmondes.
Cependant, nous approchions, et devantnous toutes ces fables grossières allaient s’é-vanouir. Mais voilà que ces nobles reculentavec leurs serfs dans l’intérieur du pays,comme à l'approche d’une grande contagion-