CHAPITRE YI. 54 1
l’autre sur le même terrain où la veille il lesavait laissées. Ce fut une joie générale. Enfin,cette guerre vague, molle, mouvante , où nosefforts s’amortissaient, dans laquelle nous nousenfoncions sans mesure, s’arrêtait! on touchaitau fond, au terme ! et tout allait être décidé.
L'empereur profita des premières lueurs ducrépuscule pour s'avancer entre les deux li-gnes, et parcourir, de hauteur en hauteur,tout le front de l’armée ennemie. Il vit lesRusses couronner toutes les crêtes, sur unvaste demi-cercle de deux lieues de dévelop-pement, depuis la Moskwa jusqu’à la vieilleroute de Moscou . Leur droite borde la Ko-logha, depuis son embouchure dans la Moskwa jusqu’à Borodino : leur centre, de Gorcka àSemenowska, est la partie saillante de leur li-gne. Leur droite et leur gauche se refusent.La Kologha rend leur droite inabordable.
L’empereur s’en aperçoit sur-le-champ, et.comme, par son éloignement, cette aile n’estguère plus menaçante qu’elle n’est attaquable,il la néglige. C’est donc à Gorcka, village bâtisur la grande route, à la pointe d’un plateauqui domine Borodino et la Kologha, que com-mence pour lui l’armée russe. Cette saillie ai-guë est entourée parla Kologha et par un ravinprofond et marécageux ; sa crête élevée, sur la-quelle grimpe la grande route, en sortant deBorodino, estfortementretranchée ; elle formeun ouvrage à part et détaché, à la droite du
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