584 LIVRE VII.
y en avait vingt mille. On les portait à deuxlieues en arrière , à cette grande abbaye deKolotskoï.
Le chirurgien en chef, Larrey, venait deprendre des aides dans tous les régiments. Lesambulances avaient rejoint, mais tout fut in-suffisant. Il s’est plaint depuis, dans une re-lation imprimée , qu’aucune troupe ne lui eûtété laissée pour requérir les choses de pre-mière nécessité dans les villages environnants..
L’empereur parcourait alors le champ debataille : jamais aucun ne fut d’un si horribleaspect. Tout y concourait : un ciel obscur,une pluie froide , un vent violent, des habi-tations en cendres , une plaine bouleversée ,couverte de ruines et de débris ; à l'horizon,la triste et sombre verdure des arbres dunord ; partout des soldats errants parmi descadavres et cherchant des subsistances jusquedans les sacs de leurs compagnons morts ;d’horribles blessures, car les balles russes sont plus grosses que les nôtres ; des bivouacssilencieux; plus de chants, point de récits;une morne taciturnité.
On voyait autour des aigles le reste desofficiers et sous-officiers , et quelques soldats,à peine ce qu’il en fallait pour garder le dra-peau. Leurs vêtements étaient déchirés parl’acharnement du combat, noircis de poudre ,souillés de sang ; et pourtant, au milieu deces lambeaux , de cette misère , de ce désas-