CHAPITRE II. 15
Ne voulant point de traité , ce gouverneurprévit qu’au milieu de leur populeuse capitale,que les Russes eux-mêmes nomment l'oracle,l’exemple de tout l’empire, Napoléon auraitrecours à l’arme révolutionnaire, la seule quilui resterait pour terminer. C'est pourquoi ilse décida à élever une barrière de feu entre cegrand capitaine et toutes les faiblesses , dequelque part qu’elles vinssent, soit du trône ,soit de ses compatriotes nobles ou sénateurs ;et surtout entre un peuple serf et les soldatsd’un peuple propriétaire et libre ; enfin, entreceux-ci et cette masse d’artisans et de mar-chands réunis, qui forment dans Moscou lecommencement d’une classe intermédiaire ,classe pour laquelle la révolution française aété faite.
Tout se prépara en silence , à l’insu du peu-ple , des propriétaires de toutes les classes, etpeut-être de leur empereur. La nation ignoraqu elle se sacrifiait elle-même. Cela est si vrai,que lorsque le moment de l’exécution arriva,nous entendîmes les habitants réfugiés dans leséglises, maudire ces destructions. Ceux qui lesvirent de loin, les seigneurs les plus riches ,trompés comme leurs paysans, nous en accu-sèrent ; ceux enfin qui les avaient ordonnéesen rejetèrent sur nous l’horreur, s’étant faitsdestructeurs pour nous rendre odieux, ets'in-quiétant peu des malédictions de tant de mal-heureux, pourvu qu’ils nous en chargeassent.
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