i6 LIVRE VIII.
Le silence d’Alexandre laisse douter s’il ap-prouva ou blâma cette grande détermination.La part qu’il eut dans cette catastrophe estencore un mystère pour les Russes ; ils l’igno-rent bu la taisent : effet du despotisme , quicommande l’ignorance ou le silence.
Quelques-uns pensent qu’aucun homme ,dans tout l’empire, hors l’empereur, n’auraitosé se charger d’une si terrible responsabi-lité. Depuis , sa conduite désavoua sans dés-approuver. D’autres croient que ce fut unedes causes de son absence de l’armée , et quene voulant paraître ni ordonner, ni défendre,il ne voulut pas rester témoin.
Quant à l’abandon général des habitationsdepuis Smolensk , il était forcé, l’armée russeles défendant toujours, les faisant toutes em-porter l’épée à la main , et nous annonçantcomme des monstres destructeurs. Cette émi-gration coûta peu dans les campagnes. Lespaysans , voisins de la grande route, ga-gnaient, par des voies latérales, d’autres vil-lages de leurs seigneurs , où ils étaient re-cueillis.
L'abandon de leurs cabanes , faites detroncs d’arbres couchés les uns sur les autres,qu’une hache suffit pour construire, et dontun banc , une table et une image formenttout le mobilier , n’était guère un sacrificepour ces serfs qui n’avaient rien à eux, quine s’appartenaient pas à eux-mêmes, et dont