48 LIVRE VIII.
Mais il marche encore convulsivement, ils’arrête à chaque croisée, et regarde le terri-ble élément victorieux dévorer avec fureur sabrillante conquête ; se saisir de tous les ponts,de tous les passages de sa forteresse , le cer-ner, l’y tenir comme assiégé ; envahir à chaqueminute les maisons environnantes ; et, le res-serrant de plus en plus, le réduire enfin à laseule enceinte du Kremlin .
Déjà nous ne respirions plus que de la fuméeet des cendres. La nuit approchait, et allaitajouter son ombre à nos dangers ; le vent d’é-quinoxe, d’accord avec les Russes , redoublaitde violence. On vit alors accourir le roi deNaples et le prince Eugène : ils se joignirentau prince de Neufcliâtel, pénétrèrent jusqu’àl'empereur, et là, de leurs prières, de leurs ges-tes , à genoux, ils le pressent, et veulent l’ar-racher de ce lieu de désolation. Ce fut en vain.
Napoléon , maître enfin du palais des czars,s’opiniâtrait à ne pas céder cette conquête ,même à l’incendie, quand tout-à-coup un cri,« Le feu est au Kremlin ! » passe de boucheen bouche, et nous arrache à la stupeur con-templative qui nous avait saisis. L’empereursort pour juger le danger. Deux fois le feuvenait d’être mis et éteint dans le bâtimentsur lequel il se trouvait ; mais la tour de l’arse-nal brûle encore. Un soldat de police vientd’y être trouvé. On l’amène, et Napoléon lefait interroger devant lui. C’est ce Russe qui