5a . LIVRE VIII.
tourbillonnant jusqu'au ciel, et le coloraitfortement. Absorbé par cette funeste contem-plation , il ne sortit d’un morne et long si-lence que pour s’écrier : « Ceci nous présage» de grands malheurs ! »
L’effort qu’il venait de faire pour atteindreMoscou avait usé tous ses moyens de guerre.Moscou avait été le terme de ses projets , lebut de toutes ses espérances , et Moscou s’é-vanouissait : quel parti va-t-il prendre ? C’estalors surtout que ce génie si décisif fut forcéd’hésiter. Lui, qu’on vit en i8o5, ordonnerl’abandon subit et total d’une descente prépa-rée à si grands frais , et décider, de Boulogne-sur-Mer , la surprise , l’anéantissement de l’ar-mée autrichienne ; enfin toutes les marchesde la campagne d'Ulin jusqu’à Munich , tellesqu’elles furent exécutées ; ce même hommequi, l’année d’après, dicta de Paris , avec lamême infaillibilité , tous les mouvementsde son armée jusqu’à Berlin , le jour fixe deson entrée dans cette capitale , et la nomi-nation du gouverneur qu’il lui destinait : c’estlui qui , à son tour étonné , reste incertain.Jamais il n’a communiqué ses plus audacieuxprojets à ses ministres les pins intimes que parl’ordre de les exécuter ; et le voilà contraintde consulter, d’essayer les forces morales etphysiques de ceux qui l’entourent.
Toutefois , c’est en conservant les mêmesformes. Il déclare donc qu’il va marcher sur