CHAPITRE VII. i45
périencc, il s’était accoutumé à ne pas supposerà ses adversaires l’habileté qu’il aurait eue àleur place.
Ici pourtant, il eut un autre motif. Sa sé-curité n’était qu’affectée ; car il était évident(pie l’armée russe prenait la route de Medyn ,celle-là même que Uavout avait conseillée pourl’armée française; et Davout , par amour-propre,ou par inadvertance, n’avait pas confié à sa dépê-che seule cette alarmante nouvelle. Napoléon encraignit l’effet sur les siens, c’est pourquoi ilparut la repousser avec mépris; mais en mêmetemps , il ordonna que le lendemain sa gardemarchât en toute hâte, et tant que durerait lejour, jusqu’à Gjatz. Il voulait y donner un sé-jour et des vivres à cette troupe d’élite, s’as-surer de plus près de la marche de lvutusof, etle prévenir sur ce point.
Mais le temps n’avait point été appelé à sonconseil ; il parut s’en venger. L’hiver était siprès de nous , qu’il n’avait fallu qu'un coupde vent de quelques minutes pour l’amenerâpre, mordant, dominateur! On sentit aus-sitôt qu’en ce pays il était indigène, et nous,étrangers. Tout changea, les chemins, les figu-res, les courages, l’armée devint morne, lamarche pénible, la consternation commença.
A quelques lieues de Mojaïsk , il fallut, tra-verser la Kologha. Ce n’était qu’un gros ruis-seau ; deux arbres, autant de chevalets et quel-ques planches, suffisaient pour eu assurer la