CHAPITRE XI. 167
toujours active , disperse les premiers apprêtsdes bivouacs. Les sapins, tout chargés de fri-mas, résistent obstinément aux flammes; leurneige, celle du ciel, dont les flocons se succè-dent avec acharnement, celle de la terre, quise fond sous les efforts des soldats et par l’ef-fet des premiers feux, éteignent ces feux , lesforces et les courages.
Lorsqu’enfin la flamme l’emportant s’éleva,autour d’elle les officiers et les soldats apprêtè-rent leurs tristes repas : c’étaient des lambeauxmaigres et sanglants de chair, arrachés à deschevaux abattus, et, pour bien peu, quelquescuillerées de farine de seigle , délayée dans del’eau de neige. Le lendemain, des rangées cir-culaires de soldats étendus raides morts, mar-quèrent les bivouacs; les alentours étaientjon-chés des corps de plusieurs milliers de chevaux.
Depuis ce jour, on commença à moins comp-ter les uns sur les autres. Dans cette arméevive , susceptible de toutes les impressions, ett'aisonneuseparune civilisation avancée, le dés-ordre se mit vite ; le découragement et l’in-discipline se communiquèrent promptement ,
1 imagination allant sans mesure dans le malcomme dans le bien. Dès lors, à chaque bi-vouac , à tous les mauvais passages , à tout in-stant, il se détacha des troupes encore orga-nisées quelque portion qui tomba dans ledésordre. 11 y en eut pourtant qui résistèrenta cette grande contagion d’indiscipline et de