180 LIVRE IX.
devenus leurs prisonniers ; ils les dépouillè-rent., et les réunirent ensuite en troupeaux,puis ils les faisaient marclier nus sur la neige,à grands coups du bois de leurs lances.
L’armée d’Italie , ainsi démantelée , toutepénétrée des eaux du Wop , sans vivres, sansabi'i, passa la nuit sur la neige , près d’unvillage où ses généraux voulurent en vain seloger. Leurs soldats assiégeaient ces maisonsde bois. Ces malheureux fondaient en déses-pérés et par essaims sur chaque habitation ,profitant de l’obscurité qui les empêchait dereconnaître leurs chefs , et d’en être recon-nus. Ils arrachaient tout, portes , fenêtres, etjusqu’à la charpente des toits, peu touchés deréduire d’autres, quels qu’ils fussent, à bi-vouaquer comme eux-mêmes.
Leurs généraux les repoussaient inutile-ment , ils se laissaient frapper sans se plain-dre , sans se révolter, mais sans s’arrêter,même ceux des gardes royales et impériales :car, dans toute l’armée, c’était, chaque nuit,des scènes pareilles. Les malheureux restaientsilencieusement et activement acharnés surces murs de bois , qu’ils dépeçaient de tousles côtés à la fois, et qu’après de vains efforts,leurs chefs étaient obligés d’abandonner, depeur qu’ils ne s’écroulassent sur eux. C’étaitun singulier mélange de persévérance dansleur dessein, et de respect pour l’emporte'ment de leurs généraux.