o.64 LIVRE X.
» mon prisonnier ! » Et le malheureux officierdésarmé est resté exposé aux coups des siens.
Il n’a été relâché qu’à Kowno , après vingt-sixjours, ayant partagé toutes nos douleurs, li-bre d’y échapper, mais enchaîné par sa parole.
En meme temps , l’ennemi redouble sesfeux , et ils disent qu’alors toutes ces collines,il n’y a qu’un instant, froides et silencieuses,sont devenues des volcans en éruption , maisque Ney s’en est exalté ; puis , s’enthousias-mant chaque fois que le nom de leur maréchal ^revient dans leurs discours, ils ajoutent qu’aumilieu de tous ces feux, cet homme de feu sem-blait être dans l’élément qui lui était propre.
Kutusof ne l’a point trompé. On voit, d’uncôté, quatre-vingt mille hommes, des rangsentiers, pleins, profonds, bien nourris, deslignes redoublées, de nombreux escadrons ,une artillerie immense sur une position for-midable, enfin tout, et la fortune, qui à elleseule tient lieu de tout. De l’autre côté, cinq Jmille soldats, une colonne traînante, morce-lée, une marche incertaine, languissante, desarmes incomplètes, sales, la plupart muetteset chancelantes dans des mains affaiblies.
Et cependant le général français n’a songéni à se rendre, ni même à mourir, mais àpercer, à se faire jour, et cela sans penserqu’il tente un effort sublime. Seul, et ne s’ap-puyant sur rien, quand tout s’appuyait surlut, il a suivi l’impulsion de sa nature forte,