a66 LIVRE X.
avant de l’atteindre , une pluie de fer et deplomb est venue les assaillir. En un instantNey a vu tous ses généraux blessés, la plupartde ses soldats morts ; leurs rangs sont vides,leur colonne déformée tourbillonne ; elle chan-celle , recule et l’entraîne.
Ney reconnaît qu'il a tenté l’impossible , etil attend que la fuite des siens ait mis entreeux et l’ennemi le ravin qui désormais est saseule ressource : là, sans espoir et sans crain-te , il les arrête et les reforme. Il range deuxmille hommes contre quatre-vingt mille ; ilrépond au feu de deux cents bouches avec sixcanons , et fait honte à la fortune d’avoir putrahir un si grand courage.
Mais alors ce fut elle, sans doute, quifrappa Kutusof d’inertie. A leur extrême sur-prise , ils ont vu ce Fabius russe, outrécomme limitation, s'obstinant dans ce qu’ilappelait son humanité, sa prudence, restersur ses hauteurs avec ses vertus pompeuses ,sans se laisser, sans oser vaincre , et commeétonné de sa supériorité. 11 voyait Napoléon vaincu par sa témérité , et il fuyait ce défautjusqu'au vice contraire.
Il ne fallait pourtant qu’un emportementd’indignation d’un seul des corps russes pouren finir; mais tous ont craint de faire u»mouvement décisif : ils sont restés attachés àleur glèbe avec une immobilité d’esclaves,comme s’ils n’avaient eu d’audace que dans
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