3oo LIVRE XI.
se sentait vaincue que par la nature. La vuede son empereur la rassurait. Depuis long-temps elle était accoutumée à ne plus comp-ter sur lui pour la faire vivre, mais pour lafaire vaincre. C’éfaitla première campagne mal-heureuse, et il y en avait eu tant d’heureuses!il ne fallait que pouvoir le suivre : lui seul,qui avait pu élever si haut ses soldats, et lesprécipiter ainsi , pourrait seul les sauver. Ilétait donc encore au milieu de son arméecomme l’espérance au milieu du coeur del’homme.
Aussi, parmi tant d’êtres qui pouvaient lui re-procher leur malheur, marcliait-il sans crainte,parlant aux uns et aux autres sans affectation,sûr d’être respecté tant qu’on respecterait lagloire ; sachant bien qu’il nous appartenait autant que nous lui appartenions , sa renomméeétant comme une propriété nationale. On au-rait plutôt tourné ses armes contre soi-même,ce qui arriva à plusieurs , et c’était un moin-dre suicide.
Quelques-uns venaient tomber et mourir àses pieds ; et, quoique dans un délire effrayant,leur douleur priait et ne reprochait pas. Et .en effet, ne partageait-il pas lëltlanger com-mun? Qui d’eux tous risquait autant que lui !Qui perdait plus à ce désastre !
S’il y eut des imprécations , ce ne fut pointen sa présence ; il semblait que de tant demaux le plus grand fût encore celui de lui dé-